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ÇÝÊÑÇÖí Ce que révèle la non-venue de Tariq Ramadan à l’Université Libre de Bruxelles





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Sujet: Ce que révèle la non-venue de Tariq Ramadan à l’Université Libre de Bruxelles
Auteur: Farid El Asri
Source: Oumma.com publié le 04/03/2007







« La maison comme l’homme peut devenir cadavre. Il suffit qu’une superstition la tue »[1]. La maison du savoir, forte de ses principes du libre-examen et des paramètres d’entrée en relation avec le monde, se mord la lèvre et saigne. Croire, en effet, que la venue d’un intellectuel puisse ébranler les principes même de l’Université, équivaut à annoncer la mort de ces principes et de la cohérence des décisions qui en émanent.

Récapitulons. L’Université Libre de Bruxelles, par la voix de son recteur, décidait d’interdire il y a une dizaine de jours la présence de Tariq Ramadan dans le cadre d’une conférence en coursd’organisation par le Cercle des Etudiants Arabo-européens. La rencontre portait sur le racisme et les discriminations. L’heure est grave, car l’argumentaire du rectorat repose sur une relecture des fondements de l’Université. On assiste à la mise en place d’un processus de recroquevillement du débat contradictoire. Hier on parlait de ponts, aujourd’hui on invoque les murs : « Chacun reste libre de s’exprimer, hors de nos murs » (sic). L’Université Libre de Bruxelles opère donc une sécularisation spatiale de l’expression, à bon entendeur. Il y a, d’un côté, la voix du château-forts de la pensée libre et, de l’autre, les voix résonnantes au-delà des douves. La mise à l’écart des uns ne fait pourtant pas l’honorabilité des autres. Après l’héritage des Lumières, prend place la méfiance et le non-débat. Drôle de façon de rompre avec le binarisme du monde et drôle de grille de lecture offerte pour le devenir des étudiants.

On se souvient que des enseignants de l’Université libre de Bruxelles avaient étés signataires d’un document, présentant Tariq Ramadan comme persona non-grata. Il s’agissait alors de réactions passionnelles, de confusions des références, où plutôt de mise au diapason avec le climat français sur Ramadan. Ces plumes isolées ont réagit au moment où les débats en France dictaient l’impératif d’un positionnement par rapport à une personne. « Pour ou contre », tel était le mot d’ordre. Certains de nos académiciens tombèrent alors dans ce piège de l’excitation médiatique, mais cela restait une opinion à l’ère du temps. On pouvait la regretter, mais elle était aussi peu fondée que non représentative.

Peut-on voir, avec ce nouveau refus, les premiers symptômes des mutations qui s’opèrent dans le dôme de la pensée libre ? Ramadan, qui a été invité par le cercle du libre-ex autour du livre l’Islam en questions (2000), a multiplié les prises de paroles dans les auditoires du solbosch (ULB), plusieurs années durant. C’était tout à l’honneur de la primauté de l’argument rationnel. Désormais, il est invité à s’exprimer contre le racisme, ailleurs[2] ! Sur quels éléments dépassionnés repose la décision ? La conseillère du rectorat affirme seulement que : « Au nom de la tolérance, l’ULB a trop souvent été prise en otage par des groupes qui nous ont peu à peu éloignés de l’esprit du libre examen »[3]. Le plus frappant c’est le terme de groupe qui est usité ici. Qui est ce groupe en question ? Le cercle des étudiants arabo-européens, appartenant à l’Université et donc coupable de déviances ? Le groupe « Tariq Ramadan » ?

Ne soyons pas dupes, il y a quatre mois d’ici, l’ULB s’est vue mise au devant de la scène médiatique[4] par des groupes de minorités en provenance de Turquie. Ils s’opposaient, par la voie d’une lettre adressée au Recteur Vincke, à un débat organisé par l’UETD à l’ULB : « Nos quatre organisations issues de l’émigration politique en provenance de Turquie, sont fort choquées d’apprendre qu’à l’Université Libre de Bruxelles aura lieu le 15 décembre un symposium sur le thème "L’Union Européenne en quête d’identité multiculturelle : l’expérience ottomane ! ». Le groupe organisateur et certains du panel invité avaient étés fustigés par les plaignants auprès des autorités universitaires. Maintenant le cap de l’organisation de l’événement, l’Université agacée sorti timidement de sa réserve : « Nous ne l’avons pas annulé pour ne pas créer d’incident diplomatique avec la Turquie, parce qu’un ministre turc devait être présent », déclarait alors Isabelle Pollet, la porte-parole de l’ULB à l’agence Belga. « Mais nous ne cautionnons pas les propos qui pourraient y être tenus » avait-elle rajouté.

Mais le point le plus intéressant dans l’analyse de cette situation, et dans le présent refus d’accueillir Tariq Ramadan, découle sans doute d’un communiqué du rectorat. Il posa alors les jalons du climat actuel : « Nous tenons également à préciser ce qui suit concernant la façon dont nous entendons désormais faire respecter nos valeurs. L’Université Libre de Bruxelles se veut ouverte au débat démocratique, quel qu’en soit le contenu. Cependant, dans le contexte de crise de la démocratie et de crise des valeurs par laquelle passe la société européenne dans son ensemble, l’ULB considère qu’il est de son devoir de se constituer en rempart contre tout discours à caractère potentiellement intégriste, et cela, tant au plan idéologique que religieux »[5](souligné par l’auteur de l’article).

A partir de ces déclarations, toutes les transformations de l’orientation de l’Université prennent sens, si j’ose dire. Du choix des Honoris-Causa, en passant par la présence de Mme Fourest (militant déjà contre la venue de Tariq Ramadan dans des débats en Grèce) et de Mr. Val de Charlie Hebdo à l’ULB. On dessine assez bien le profil des personnes qui font désormais autorité de bienvenue.

L’ULB fait des valeurs qu’elle dit défendre de bien belles caricatures et risque de s’emmurer dans la contradiction. Elle commence à biaiser son adage : « Scientia vincere tenebras » pour en faire un miroir renversé par la peur : « Tenebras vincere Scientia ». Celui qui a été considéré par de nombreux intellectuels comme une interface intéressante entre le monde musulman et l’Occident est confronté à ce nouvel état d’esprit. Aussi, derrière la coupure du microphone à Mr. Ramadan se cache une négociation de l’intelligence des étudiants de l’ULB. Ils sont accusés d’êtres incapables de discernements et de résistances face aux chants de sirène de l’enseignant d’Oxford.

Le rideau est tombé sur ce mur dressé et ça sent le renfermé !







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